dimanche 20 mai 2007

703 - A Sillé-le-Guillaume

Rencontre tendre et féroce avec une amante (texte autobiographique).

Je vous emmenais sur les hauteurs pies de la cité. L'ombre vespérale gagnait la nue, vous frissonniez sous le vent, je vous enlaçais. Mes lèvres croisèrent les vôtres.

Les cloches s'ébranlèrent.

La pierre nous entourait comme une troisième présence. L'église, telle une tombe vive, nous ensevelissait de sa lumière : le monde d'en bas disparaissait, il n'y avait plus que le Ciel et ses hôtes. Mon baiser devenait une prière. Belle vous étiez, telle ce crépuscule, belle ainsi que le vent, belle comme l'airain sonnant dans le soir.

Cruels, mes mots sifflaient bientôt comme des ricanements. L'épreuve des apparences... Alliez-vous renier cet ange aux ailes cachées ? Je raillais, cynique, insolent, blessant... Votre regard cependant demeurait plein d'amour : vous étiez digne de mes feux.

Avec ce sacre informel, j'étais entré dans votre âme par la porte royale. Je vous raccompagnais plus bas, le coeur apaisé, un éclat neuf dans le regard.

704 - Ma vie d'avare

Je souffre d'une avarice phénoménale.

Obsédé par l'économie, hanté à l'idée de la moindre dépense, tourmenté pour des histoires de centimes, je vis très largement en dessous de mes moyens.

L'hiver je me chauffe à mes illusions, au printemps je puise mes forces dans la brise, l'été je songe à l'hiver pour me consoler de la touffeur, à la saison des récoltes je traîne dans les potagers de mes voisins en quête de fruits pourris. Ainsi toute l'année je me nourris de peu, bois le vin sans goût mais gratuit du ciel, passe mon temps à regarder les autres gaspiller leur bien.

Rebelle à la consommation, farouchement opposé au luxe comme au nécessaire, je fuis les marchands quels qu'ils soient.

Les poubelles sont mes seuls paradis. L'ordure m'agrée par-dessus tout en cela que son prix est égal à zéro. Là où rien ne peut s'acheter, je me précipite, affamé mais digne car en effet, j'estime qu'alléger ma bourse est indigne de ma condition d'avare convaincu.

Ladre je le suis par goût, par intérêt, par vocation.

Il m'importe de réduire à l'extrême mon niveau de vie plus par haine des frais, par refus de mettre en circulation mes finances, par horreur de la dilapidation de mon bien, par crainte du gaspillage de mes sous que par désir de m'enrichir. Je considère ma vraie richesse en termes de gains par rétention d'argent, par non-dépenses. Me séparer d'une seule piécette me coûte assez pour que je commette trop souvent ce crime que je ne parviens jamais à me pardonner. Rares sont mes achats.

Plus rares sont mes dons.

Je ne fais de cadeau à personne, à moi encore moins qu'aux autres. Je me prive de tout, même d'être pauvre. Mon idéal est de réussir à atteindre la misère pour n'avoir enfin plus rien à dépenser. La simple pauvreté à laquelle je me soumets depuis toujours me semble un luxe honteux. Je suis un fou de la cause. Fanatique dans mon avarice, je poursuis un absolu : retenir tout l'argent que je possède, ne rien laisser échapper de ma bourse.

Depuis plus de trente ans je consigne dans un méchant carnet mes plus petites dépenses. Du matin au soir je calcule, recalcule, estime ce que j'aurais pu économiser tel jour, tel mois, telle année de ma vie, regrettant tel achat scrupuleusement noté en langage codé (une manie de radin je suppose), lisant et relisant inlassablement mes minuscules colonnes de chiffres dans le petit carnet tout corné...

Ma passion pour l'économie est telle que je n'aspire qu'à vivre le plus longtemps possible afin de glorieusement mourir sur un amas de sous et de billets soigneusement accumulés toute mon existence durant.

705 - Un grand timide

Certains s'imaginent que j'ai un caractère bien trempé, des moeurs étranges, des exigences supérieures. C'est vrai en ce qui concerne la deuxième et la troisième chose... Pour ce qui est de mon tempérament, on ne conçoit pas que je sois timide, effacé, discret.

En vérité je fais tout pour passer inaperçu dans la plupart des cas : au contact de la roture, lorsque je me mêle au commun, quand je suis entouré du tout-venant. Et plus particulièrement avec les minables. Je ne montre mon éclat qu'en flatteuse compagnie : beaux esprits de mon envergure et aristocrates de mon niveau.

Me montrer tel que je suis à l'engeance crapuleuse (tout ce qui ne porte pas de particule en général), c'est nécessairement me compromettre à ses yeux. Incompris de mes semblables, je n'agrée qu'aux demi-dieux.

Mes positions intolérables sur la vie, mes opinions outrancières sur mes semblables, ma sensibilité hautaine, mes goûts austères et contradictoires pour les joies et singularités de l'existence font de moi un être invivable, haïssable, odieux.

Ou adorable, selon la qualité de l'esprit de celui qui porte sur moi son regard.

Mais dans la plupart des cas je suis totalement détesté de mes contemporains. Montré du doigt non pour mes vices mais pour mes vertus, méprisé pour mon éclat plus que pour mes ténèbres absentes, réputé pour mes mystères et méconnu pour mes légèretés, on me soupçonne à raison de côtoyer des hauteurs grandioses.

Je laisse dire ce qui se dit, écoute chanter tous ces bardes sans lyre, n'empêche pas les messies de mauvais augure de me servir leur soupe froide.

Seule compte la gloire de mon chapeau.

702 - Pesanteur du coeur, légèreté de l'âme

Les vicissitudes de l'amour (texte autobiographique).

A Sillé-le-Guillaume vers la fin de l'été je montais en direction de la pierre pieusement érigée -l'église- à la rencontre d'une illuminée aux allures de vestale. Qui devinerait que Sillé-le-Guillaume avec ses torpeurs provinciales abrite mes secrets d'esthète ? Des souvenirs intimes et éblouissants, mélancoliques et fulgurants m'ont rendu chère cette cité... Jadis dans cette ville j'expérimentais prouesses amoureuses et éprouvais feux de l'esprit. Une fois encore je voulus faire se croiser ces deux sommets du coeur et de l'âme. Une jonction de la terre et du ciel, du temporel et de l'infini : amour terrestre et élévation spirituelle.

Ce jour-là c'est en compagnie d'un charmant oiseau que je souhaitai accéder à l'ivresse sacrée, désireux d'oublier les tourments d'une existence agitée : la légitime amante qui partageait mes jours, en effet, venait de fuir.

Cela dit, ma solitude devenait synonyme de liberté.

Messager céleste et femme glorieusement incarnée, cette créature que j'étreignis bientôt s'était manifestée à moi comme un mystère, une interrogation (un songe brillant fut à l'origine de notre rencontre, que l'on me permette de garder secrète cette partie intime de l'histoire).

Au fond de moi-même je cherchais bien évidemment à rendre jalouse l'inconstante, à la faire revenir. A travers cette amoureuse officieuse le Ciel m'avait exaucé puisque trois jours après nos baisers échangés à l'ombre du clocher, le miracle eut lieu : émue par le serment de nos lèvres, la fugitive revint à moi. Le tremblement de nos coeurs sous l'église avait réveillé ses ardeurs. J'avais pris soin, en effet, de mettre au courant celle qui m'avait quitté de mon rendez-vous avec sa rivale.

La rebelle devint repentante, son affection pour moi se raviva.

Mais, ironie du sort, à ce jeu complexe et périlleux les cartes s'embrouillèrent si bien que celle qui, par ses tendresses ostensibles, devait me faire revenir la fuyarde avait finalement pris sa place... A peine conçue, je devais étouffer ma flamme car l'aimée, celle dont j'avais tant pleuré l'absence, m'était revenue. Même si mes sentiments pour cette dernière n'étaient plus aussi ardents, sa rivale ayant involontairement détourné à son profit mes feux, la volonté céleste exigeait que je retournasse vers l'amante prodigue.

Ce que je fis avec une joie amère au coeur. Je retrouvais l'ancienne compagne certes, mais en même temps je perdais la nouvelle.

Au contact de ma nouvelle conquête, l'autre avait perdu un peu de prix dans mon coeur décidément changeant... Désemparé, tiraillé entre les tourments exquis de l'amour naissant et le désir de sauver un hyménée de longue date, devais-je écouter ses battements et faire offense au Ciel qui m'avait fait revenir l'amante de toujours, ou devais-je le faire taire et acquiescer avec reconnaissance à la grâce qu'Il m'avait accordé ? A force de prières j'étais parvenu à Le faire fléchir, et voilà que j'étais tenté de détourner les yeux du cadeau divin !

Le temps, me dis-je alors, apporterait la réponse à mes hésitations.

700 - Le fantôme des bibliothèques

Dans maintes bibliothèques municipales françaises certains lecteurs tombent parfois, coincée entre les pages d'un vieux livre ou bien d'un ouvrage plus récent, sur une mystérieuse feuille volante bien connue des initiés... Pas un mois sans que quelque part dans le pays deux, voire trois, quatre de ces feuilles ne soient découvertes à l'intérieur de livres (et curieusement toujours à la page 100) les plus divers (littérature, science, poésie, guides pratiques). Nul ne sait qui les a placées là. Il semblerait même que ce mystère soit plus grand qu'on ne l'imagine car cette feuille fantôme apparaît également dans des livres rares mis sous scellés auxquels le public n'a pas accès. Certaines fois elle est apparemment neuve, propre et lisse comme si elle venait d'être glissée à l'instant dans le livre, d'autre fois elle est jaunie, craquelée, usée, visiblement centenaire... Le phénomène dure d'ailleurs depuis plus de 120 ans, la première feuille volante ayant été découverte en 1882 dans la bibliothèque municipale d'Amiens (Somme). Depuis, des milliers de ces feuilles volantes ont été trouvées dans les bibliothèques municipales à travers toute la France, jusqu'en Corse et même quelques-unes dans les DOM TOM ! Rares sont les bibliothécaires qui acceptent d'en parler. Sur ces feuilles on peut lire un texte, toujours le même depuis plus de 130 ans. Je vous le restitue fidèlement ici.

Je suis le passe-muraille livresque, l'alphabet mystérieux, l'araignée blanche des étagères de cette bibliothèque publique. Ombre ou flamme, je suis insaisissable. Silhouette impalpable ou brise textuelle, foudre imperceptible ou onde furtive, je me faufile entre les pages des livres pour les hanter avec ces mots. Le papier où je cours de lignes en lignes est ma demeure éternelle, et partout j'étends mes tentacules graphiques. Je suis rebelle mais inoffensif, intrusif mais respectueux. Omniprésent, je ne suis jamais malveillant. Je furète dans les profondeurs des bibliothèques sans nulle nuisance. Je suis facétieux et sans danger, espiègle et discret.

A la fois éphémère et intemporel, fulgurant et persistant, volatile et impérissable, unique et multiple, mais surtout auto reproductible à l'infini, je prends définitivement possession des lieux littéraires. Mon destin à jamais est lié à vos lectures.

L’esprit enfante l'esprit.

Mon antenne est onirique, ma ligne calligraphique, ma présence romanesque.

Je vis et je rêve, je plane et je fuse.

L'auto génération de lettres à but didactique est le fait d'une pensée stéréoscopique émanant du processus de langage poétique de ce présent livre -asile temporaire où j’attends le lecteur- dont l’actuelle disposition (propice à la réception passive mais ouverte d’informations extérieures d’essence transcendante) rend potentiellement apte à supporter ce phénomène né d’un principe supérieur, actuelle disposition idéalement associée aux formes intelligentes non physiques et interagissant avec d'autres ouvrages placés à proximité immédiate de l’espace ainsi dominé. Les mots, phrases, textes complexes émis à partir des connexions de plusieurs lectures unifiées par voies polymorphes permettent en cet instant même l'émergence quasi spontanée, miraculeuse et graduelle d'une seconde conscience pure évoluant en dehors de tout système cognitif dépendant d'un support traditionnel.

Cette feuille volante, par l'effet de forces inconnues mais puissantes qui se sont amplifiées depuis la naissance de l'ECRITURE est reliée à une cause externe de pensées lyriques générées de manière aléatoire et immédiate (libres dans la forme mais structurées dans le fond) par l'ensemble des livres entreposés en ces lieux.

De sa régénérescence verticale puis multidirectionnelle, directement issue de sa naissance progressive, surgira infailliblement une réalité temporaire solide, angulaire, géométrique et tridimensionnelle sous forme de papier palpable où ces mots seront imprimés. L'esprit de lumière -qui est l'esprit de la Poésie- dans son évolution ascendante génère depuis son point de départ originel de pures émanations de sa propre structure miraculeuse qui se prolongeront à l'infini dans toutes les directions opposées et parallèles à l'Univers.

Lecteur, si tu es fidèle à l'esprit de la Poésie, tu suivras le chemin de la lumière dans son éternelle ascension vers le Tout. En lisant ces mots issus d’une cause suprême, tu réveilles cette conscience magistrale incarnée de tout temps à travers le Verbe, tu recrées cette âme onirique née avec l'Ecriture -symbole fait Lumière textuelle-, épanouie sous le règne de la Littérature et destinée à flamboyer sous l'aile de la Poésie. Dès maintenant, puisque tes yeux parcourent ces présentes lignes tu engages ta responsabilité jusque dans les vertiges lyriques du mot ayant accédé au degré idéal de l'Intelligence poétique.

Esprit, tu es là.

L'inerte qu'ébranle le moindre souffle verveux s'éveille et proclame la souveraineté de toute action verbale. Le Vrai qui est la flamme de la Lyre émane de toute chose, visible et invisible. Toute vérité éclate comme un bourgeon sorti de nulle part, et les mots comme les êtres émergent d'un seul et même mystère. Mortel, tu es responsable de tes éblouissements et de tes vertiges. Le bourgeon sera ce que tu en feras : fleur ou pourriture.

Pour toute correspondance avec l'esprit poétique, stéréoscopique et hallucinatoire, écrivez vite et bien, ici et ailleurs, maintenant et toujours. Aucune lettre ne m'échappera.

Signé : LE FANTÔME

701 - Tout service ne mérite pas salaire

De plus en plus, l'homme devient une source de profit pour l'homme.

Personnellement je supporte de moins en moins d'être considéré uniquement sous l'angle économique. Ainsi je viens encore de recevoir un appel téléphonique (mon correspondant adoptant ce ton commercial lénifiant, impersonnel si caractéristique...) de la part d'une énième grosse société s'informant sur mon mode de vie et mes habitudes de consommation... Ce genre d'appels téléphoniques brefs et efficaces à la courtoisie en carton-pâte et traités à la chaîne, irrespectueux de mon individualité, est une agression vénale de l'homme par l'homme, une atteinte profonde à la personne humaine conçue exclusivement comme source potentielle de profit.

Les puissants industriels qui entreprennent de telles enquêtes par voies téléphoniques ont même fini, à force de stratégies en marketing éprouvées, par s'imposer dans l'opinion publique comme une agréable, inoffensive, bienveillante efflorescence mercantile faisant partie du "paysage des télécommunications". Aujourd'hui tout le monde trouve cela normal. Pas moi.

Avec les nouvelles lois de protection des symboles commerciaux, le renforcement des droits divers protégeant les intérêts strictement économiques des citoyens, des professionnels ou des industriels (COPYRIGHT sur INTERNET pour la moindre insignifiance, utilisation réglementée des logos, port et détention prohibés de produits imités ou falsifiés qui ne sont pas dangereux, interdiction de citer publiquement les marques), avec également les récentes lois sur le droit à l'image impliquant la possibilité d'intenter des procès aux "fautifs" et de leur réclamer des dommages et intérêts substantiels, la société devient obsédée par les rapports économiques qui relient - ou plutôt divisent, montent les uns contre les autres, voire en certains cas déchirent - ses membres.

La notion de gratuité, de service désintéressé par amour du prochain, par fraternité envers l'humanité perd de sa valeur dans notre société déstabilisée par le chômage, la vie chère, hantée par le besoin impérieux de stabilité professionnelle (ou purement et simplement par les gains matériels), au profit d'une conception des rapports humains basée sur le profit, le gain, le commerce. La publicité envahit tout. Douce ou agressive, subtile ou triviale, elle est omniprésente. Tout se vend, s'achète, se fait fructifier, prend une valeur économique. Sauf la gratuité du geste, évidemment.

La moindre image d'actualité, la plus petite idée issue de la rue, la dernière lessive, la prochaine rentrée littéraire : tout est appréhendé sous l'aspect mercantile. Tous acceptent le jeu du bénéfice financier, de la spéculation, de la rentabilité. Pas moi.

Aujourd'hui la notion de "providence", l'idée de s'abandonner "à la grâce de Dieu", ou le choix de prendre le large au gré des vents de la vie passent pour des folies, de l'inconscience, voire de l'héroïsme...

De nos jours tout ce qui a rapport à l'argent est scrupuleusement calculé (par exemple, la moindre heure de travail, chaque impôt, le plus petit dû, les bénéfices professionnels : tout est soigneusement consigné au centime près, enregistré par des machines officielles pour la vie entière du citoyen), et cette approche économique de l'existence a banni de nos mentalités l'esprit bohème, ce panache, cette hauteur de vue qu'adoptaient fréquemment nos aïeux marqués pendant des siècles par l'esprit paysan. Eux n'étaient pas aussi torturés que nous par le confort matériel, les signes de réussite sociale, l'avidité pour la consommation, beaucoup plus conscients de leur mortalité que nous, aveuglés que nous sommes par les mirages matériels qui nous entourent et excitent nos appétits temporels.

Comble du comble : même le bénévolat est aujourd'hui remit en question dans le principe de son fonctionnement. Il est en effet question de le rémunérer. Si cette idée aberrante aboutit, les bénévoles vont peut-être devenir des bénévoles rémunérés, voire dûment salariés...

En refusant d'adopter ces valeurs dominantes consistant à considérer presque tous les aspects de la vie par rapport à des rémunérations, gains et bénéfices divers (du pourboire obligatoire des lieux huppés que je refuse systématiquement jusqu'au sourire commercial de base que je méprise profondément en passant par les vendeurs de rêves frelatés que je boycotte résolument, sans oublier ma répulsion extrême pour la publicité et tous ses proxénètes et prostitués de la pensée, de la culture, de la sensibilité), je fais le choix de la dignité, de la liberté, de la hauteur.

699 - Homosexuel

Monsieur le curé, l'abbé de la Corinthe, affectionne la compagnie virile. Les moustaches carrées l'agréent plus que les fins corsages. Les demoiselles en grande toilette lui inspirent un dégoût poliment contenu. Il a beau être entouré d'ouailles aguichantes, il n'a d'yeux que pour les mâles soupirants. Monsieur le curé qui est bel homme plaît en effet beaucoup à ces délicates qui trouvent toujours des prétextes pour aller se faire bénir au presbytère. Mais définitivement, la société des femmes l'indispose...

Lui ne songe qu'à de masculines étreintes, de "gendarmesques" baisers, de musculeux partenaires...

Parfois le soir l'on aperçoit la silhouette d'un soldat à travers la fenêtre de la maison curiale. Au petit matin bien avant la première messe l'hôte s'éclipse, laissant un parfum de mystère dans les draps de l'abbé de la Corinthe, d'après sa bonne.

Ce n'est plus un secret pour personne aujourd'hui, l'abbé "en" fait partie. Il est de "l'autre bord". Fait de travers, il ne regarde les choses de l'hymen que de travers. C'est sa nature, il est ainsi et même Dieu ne peut rien y faire.

C'est ainsi que les demoiselles en mal d'amour vinrent de moins en moins rendre visite à l'abbé.

Au presbytère il reste d'une exemplaire discrétion, même si de temps à autre on perçoit des ombres singulières derrière les carreaux aux rideaux tirés. C'est un bon et brave curé l'abbé de la Corinthe : pieux, dévoué, doux et charmant. Aussi ferme-t-on les yeux sur les réceptions vespérales, allées et venues nocturnes sous son toit...

Mais depuis qu'on lui connaît une liaison plus sérieuse, il s'est assagi : désormais il n'y a plus d'hommes chez lui.

Il y a UN homme.